Des chutes de neige exceptionnelles
Les chutes de neige qui ont touché la Suisse romande mercredi 1er décembre ont concerné essentiellement le sud du Jura et l'ouest lémanique, mais également d'autres régions comme le Gros-de-Vaud, les Préalpes ou encore le nord vaudois. Le Valais central et le nord du Jura ainsi que l'Ajoie sont restés en marge de l'événement.
La période de retour d'un tel événement est estimée à 35 ans pour la station de Genève, et entre 15 et 20 ans pour la station de Payerne.
L'événement en chiffres (relevés réactualisés le 2.12.2010)
| Stations | Relevés | Records | Autres événements marquants |
| Genève | 30 cm | 58 cm, 25 fév. 1895 | 45 cm le 17 fév. 1985 |
| 36 cm le 23 mars 1876 | |||
| 30 cm le 11 jan. 1964 | |||
| 27 cm le 24 nov. 1965 | |||
| 23 cm le 4 jan. 1979 | |||
| Payerne | 19 cm | 20 cm, 26 jan. 2004 | 20 cm le 26 jan. 1979 |
| 19 cm le 17 fév. 1985 | |||
| 17 cm le 13 mars 1987 | |||
| Aigle | 14 cm | 62 cm, 17 fév. 1985 | 28 cm le 2 jan. 1995 |
| 21 cm le 9 fév. 1999 | |||
| 18 cm le 19 fév. 2005 | |||
| Fahy | 6 cm | 55 cm, 4 mars 2006 | 55 cm le 2 jan. 1962 |
| 31 cm le 23 fév. 1986 | |||
| 28 cm le 28 nov. 1996 |
Genèse de l'évènement
Comme évoqué plus haut, des événements neigeux d'une telle ampleur sur l'ouest du Plateau Suisse, et encore davantage sur le bassin lémanique, se rencontrent relativement rarement. En effet, pour produire de telles cumuls de neige dans ces régions de plaine, cela nécessite une configuration du flux atmosphérique bien particulière.
En effet, les "ingrédients" météorologiques suivants doivent être impérativement réunis :
- de l'air froid dans les couches proches du sol, alimenté en permanence par un léger vent de nord-est
- un apport d'air relativement "chaud" en altitude, en provenance du sud ou sud-ouest, couplé à une dynamique de courant jet capable de créer un soulèvement conséquent de la masse d'air
- que le soulèvement de la masse d'air ainsi généré se poursuive sur les mêmes régions durant un laps de temps suffisamment long pour qu'un cumul significatif en résulte.
Radiosondage de la station de Payerne le 1er décembre à 12h UTC montrant le profil vertical de la température (ligne rouge) et du point de rosée (ligne verte) et le profil vertical de vent en noeuds à droite. L'on observe la forte saturation de la masse d'air. Egalement visible, l'air froid proche du sol en vent de nord-est (cercles bleus) surmonté d'air plus doux en vent de sud-ouest (cercles rouges). Les cercles verts délimitent les zones de l'atmosphère sous l'influence du fort courant du jet-stream accentuant le soulèvement de la masse d'air
agrandirsondage.jpg, 168 KBCes tempêtes étant souvent accompagnées d'un contraste de température important sur de courtes distances au niveau du sol, Il suffit de petits décalages dans un ou plusieurs des ingrédients cités ci-dessus pour que la neige ne se produisent pas ou se transforme plutôt en pluie sur la région concernée. L'orographie importante entourant le bassin lémanique et l'ouest du Plateau ne fait que compliquer la prévision finale.
De telles conditions de phasage se rencontrent assez fréquemment le long des côtes Est des continents, notamment le long des côtes Est d'Amérique du Nord (USA/Canada) et d'Asie (Chine, Japon). Le long des côtes Est des Etats-Unis, ces tempêtes sont connus sous le nom de "Nor'easters", faisant référence au vent froid d'orientation nord-est qui souffle proche du sol. Cet air froid proche du sol est le plus souvent surmonté d'un puissant flux du sud en provenance de l'Atlantique tropical et des eaux chaudes du Gulf Stream, lequel alimente ces tempêtes en humidité. Le creusement de ces dépressions est particulièrement important et rapide car la différence de température existant entre les eaux chaudes du Gulf Stream et l'air continental polaire de l'intérieur des terres est énorme.
Image satellite d'une tempête du type "Nor'easter" le 16 avril 2007 avec la partie occluse du système centré sur la Nouvelle Angleterre.
2007noreaster16apr.jpg, 107 KBLa tempête qui a touché l'ouest lémanique les 30 novembre et 1 décembre s'est précisément creusée à proximité des Baléares, à la frontière de la masse d'air voisine des eaux chaudes de la Méditerranée et de celle liée à la descente vers le sud d'air maritime polaire en provenance de l'Atlantique Nord. La perturbation s'est ensuite déplacée en direction du nord de l'Italie, l'ouest de la Suisse étant touché par la partie occluse de la perturbation, composée d'air continental polaire proche du sol en provenance de l'intérieur du contient et surplombé d'un afflux d'air maritime tropical d'origine méditerranéenne. On peut dès lors parler d'une tempête "Nord-Easter" à la sauce européenne, même si l'air froid au sol n'était pris que dans un flux de nord-est à peine perceptible. Il n'en demeure pas moins que les mêmes mécanismes étaient en jeu.
Animation satellite infrarouge et radar de la perturbation neigeuse du 30 novembre au 1er décembre 2010 superposée avec le champ de pression au sol et observations pour la période allant du mardi 30 novembre 12h UTC au jeudi 2 décembre minuit UTC
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