Contexte météorologique
Malgré le courant d'ouest, les températures sur l'Europe occidentales n'étaient pas très élevées, comprises entre 0 et 3 degrés. Toutefois, un système frontal se présentait sur le Golfe de Gascogne avec un front chaud sur le point d'aborder les côtes françaises, le point triple se situant juste au large de la Bretagne.
En altitude, le courant était fort et orienté à l'ouest-nord-ouest mais avait la particularité d'avoir une position très méridionale. A 500hPa, les vents les plus forts, compris entre 65 et 70kt, étaient repérables sur un axe sud Bretagne - Provence. Plus haut, au niveau du jet, nous retrouvions cette configuration avec des vents dépassant largement les 100kt.
Fait intéressant, l'anticyclone groenlandais restait bien visible sur les cartes d'altitude et le courant de nord-nord-est qu'il générait venait se brancher sur le courant zonal à l'ouest de l'Irlande en formant un talweg.
Au cours de la journée de vendredi, le front chaud traversa l'ensemble du nord des Alpes. Il fut suivit par un front froid actif dans la nuit du 3 au 4 mars. Au cours de cette même nuit, un autre front froid en provenance du nord aborda l'extrême nord de la Suisse mais son déplacement vers le sud fut fortement contrarié par le puissant flux d'ouest qui régnait sur la France, la Suisse et l'Autriche. De ce fait, ce front se mit à onduler en se décalant vers le sud de manière imperceptible.
Dans la journée de samedi, le courant d'ouest subit la pression croissante du flux venant du nord et commença à basculer au sud-ouest tout en poursuivant son long décalage vers le sud. L'air froid pénétra peu à peu sur les zones les plus au nord de la Suisse, de l'Ajoie au lac de Constance. L'arrivée de l'air froid se traduisit par une rotation des vents au nord et d'une chute des températures de 8 à 10 degrés. Très vite la neige se substitua à la pluie sur ces régions. Ensuite, elle progressa lentement vers le sud, presque à pas d'homme.
En fin de journée de samedi, l'air froid se situait au nord d'une ligne Bienne - Lucerne - Coire.
Le constant apport d'air doux du sud-ouest d'une part et d'air froid venant du nord d'autre part comprimait de plus en plus les isothermes au-dessus de nos régions, rendant le contraste thermique vraiment saisissant.
Analyse à 300hPa du modèle européen
Sur cette analyse du modèle européen, le jet est clairement visible au-dessus de la Suisse le 3 mars 06.
Agrandissement.jpg, 771 KBCartes au sol des 2 au 4 mars 06
La carte du 4.3 12Z montre clairement le courant d'ouest basculer au sud-ouest en raison de la poussée de la descente froide venant du grand nord.
Agrandissement.png, 171 KBCarte du niveau 500 hPa du 2 au 5 mars 06
Chronologie des événements
Quant aux vents, après un premier pic dans la nuit du 2 au 3 mars (152 km/h au Moléson, 176 km/h au Jungfraujoch), ils se renforcèrent à nouveau dans l'après-midi du 3, pour atteindre un maximum dans la nuit du 3 au 4 mars au passage d'un front froid inséré dans le flux d'ouest. Des rafales à 83 km/h à Genève, 85 km/h à St-Prex, 89 km/h à Oron, 165 km/h au glacier des Diablerets et 115 km/h au-dessus d'Evian (F) sur la rive sud du Léman furent mesurées.
L'air « frais » à l'arrière de ce front ne provoqua qu'une baisse légère et temporaire des températures. Par contre, le passage de ce front contribua à balayer le lac d'air froid présent en Valais, et fit remonter la limite des chutes de neige vers 1200 mètres en Valais central.
Avec des vents tournant de plus en plus au sud-ouest à l'avant d'un nouveau centre dépressionnaire baptisé Yuna, de l'air à nouveau plus doux afflua vers l'ouest de la Suisse dans la matinée du 4 mars, si bien que la limite des chutes de neige poursuivit sa hausse pour atteindre par endroits 1800 mètres. Toutefois, en deuxième partie de nuit du 3 au 4 mars, une autre masse d'air froid s'était déjà présentée sur l'extrême nord de la Suisse et entamait une lente invasion du Plateau alémanique ainsi que du pied nord du Jura. Dans cet air froid, les températures étaient proches du zéro degré en plaine et les vents orientés de secteur nord relativement faibles.
Samedi en mi-journée, le nord des Alpes était coupé en deux, avec d'abondantes chutes de neige et de faibles vents du nord-est au nord d'une ligne Bienne - Vaduz alors que le temps était pluvieux, venteux et doux au sud de cette ligne. En fin de journée de samedi, l'air froid continua sa lente progression vers le sud en contournant le Jura par ses deux extrémités. En effet, en milieu de soirée, la ville de Lyon fut envahie par l'air froid avec une température chutant de 13 à 4 degrés en une heure alors que Genève bénéficia encore d'une température de 8 à 9 degrés jusqu'à minuit ! Avec l'établissement de la bise, l'air froid fit irruption sur le bout du lac en provoquant une chute de température de dix degrés.
Enfin, l'air froid n'atteignit le Valais central que dans la matinée de dimanche en remontant la vallée du Rhône sous la forme d'un fort vent de vallée.
Analyse aLMo du champ de vents à 10m/sol pour le 4.3 12Z
L'analyse d'aLMo montre une convergence de vents de nord-est et de sud-ouest sur une ligne allant du nord de la Corogne à l'Autriche en passant par Suisse. Cette analyse révèle aussi la présence d'un flux de sud-sud-ouest remontant la vallée du Rhône française en direction de la Suisse.
Analyse aLMo des champs de vents et températures à 1000 mètres/mer au 4.3 12Z
Les vents à 1000 mètres véhiculaient vers la Suisse de l'air chaud venant du golfe du Lion, clairement visible sur cet image au-dessus du Gros-de-Vaud, du Bassin lémanique, des Préalpes et du sud de l'arc jurassien. L'air froid recouvrant les autres régions est illustré en vert.
Agrandissement.png, 144 KBTempératures mesurées le 04.03.2006 15Z (source : www.wetterzentrale.de)
Le contraste thermique affiché sur cette carte de l'Europe est digne des plaines d'Amérique du nord ! Il fait 15°C à Clermont alors que la température ne dépasse pas 0°C un peu plus au nord. Sur la moitié sud de la France, les températures sont printanières avec même 19°C au pied des Pyrénées.
Agrandissement.jpg, 126 KBTempératures mesurées en Suisse le 4.3 14Z (15h00 locale)
Nous pouvons apprécier le contraste thermique entre le sud-ouest de la Suisse dans de l'air doux et le nord-est du pays sous l'emprise de l'air froid.
Agrandissement.jpg, 45 KBEvolution de la température pour certaines stations de Suisse romande
L'effondrement des températures au passage du front froid est impressionnant. A noter également la lenteur de progression de l'air froid. Alors qu'il a atteint l'Ajoie (Fahy) le 4 mars en matinée déjà, il n'atteint Neuchâtel que vers 17h30, et Genève vers 23h00.
Agrandissement.jpg, 165 KBNeige fraîche mesurée au matin du 5 mars 2006
Les Alpes et les Préalpes furent également copieusement servies au-dessus de 1500 à 1800 mètres avec 70 à 100 cm dans le Bas-Valais, 60 à 90 cm dans le Haut-Valais, 50 à 80 cm dans les Alpes bernoises, 20 à 50 cm dans les valaisannes.
En plaine, ce fut le Plateau alémanique et la région de Bâle à Schaffhouse qui furent les plus touchés avec un cumul de 40 à 65 cm de neige.
Neige totale mesurée au matin du 5 mars
Cumul de neige fraîche sur trois jours
Cumul de précipitations du 3.3.2006 00Z au 5.3.2006 12Z
Rafales maximales en km/h mesurées entre le 2.3.2006 20Z et le 4.3.2006 17Z
Evolution des rafales maximales entre le 3 et le 5 mars 06
Conséquences de ces intempéries
Sur le front de la neige, contrairement aux importantes chutes de poudreuse qui affectèrent le bassin lémanique et le Chablais en février 1985, celles des 4 et 5 mars 2006 furent lourdes et collantes. Les dégâts matériels furent donc nettement plus importants. On ne comptait plus les routes coupées par des chutes d'arbres ainsi que les toits effondrés ou menaçant de le faire. De manière générale, la situation fut chaotique sur tout le réseau routier ainsi que sur les aéroports de Zurich et Bâle. Sur l'autoroute A1 la présence de naufragés de la route nécessita la mise à disposition d'abris de la protection civile.
En montagne, le danger d'avalanche devint maximal avec de nombreuses coulées de neige. Un certain nombre de routes d'accès aux stations furent fermées, bloquant de nombreux touristes.
A Genève, selon les autorités « Les forts vents combinés aux précipitations ont provoqué deux glissements de terrains consécutifs à l'arrachement de grands arbres, situés en pente, dans la région de Versoix. »
Enfin, suite au redoux intervenu le 4 mars, la fonte de la neige associée aux pluies provoqua plusieurs inondations locales.
Evalutation de la période de retour d'un tel événement
A St-Gall également, les 60 cm en 24 heures battent le record du 4 février 1941.
Pour la Suisse romande, la station de Delémont enregistra 40 cm de neige en 24 heures, valeur la plus élevée depuis l'ouverture de cette station en 1961.























