Situation générale
Mercredi 2 janvier, une profonde dépression se creusa sur l'Atlantique nord tout en se dirigeant vers le golfe de Gascogne. Simultanément, un puissant anticyclone (1060 hPa) centré sur la Russie entravait la progression de cette dépression Atlantique vers l'est. Jeudi 3 janvier, le centre dépressionnaire se creusa davantage sur l'ouest de la France, et une occlusion peu active associée à ce système aborda l'arc alpin par le sud-ouest. Le foehn se leva dans les vallées alpines dans la nuit de mercredi à jeudi, alors qu'au sud des Alpes, de faibles chutes de neige commençaient. Jusqu'à jeudi midi, le gradient de pression transalpin se renforça et la dépression demeura stationnaire (image 1). Vendredi, la dépression du golfe de Gascogne se combla lentement alors qu'un nouveau centre dépressionnaire se formait sur la Méditerranée occidentale. A l'avant de ce dernier, un afflux d'air humide et doux s'écoula vers les Alpes et accentua les chutes de neige au Tessin. L'augmentation progressive des pressions au nord des Alpes affaiblit peu à peu la force du foehn durant l'après-midi et la soirée de vendredi.
Low level foehn - une situation de foehn particulière
Une situation de foehn naît lorsque la pression au sud des Alpes est plus grande qu'au nord des Alpes. En l'occurrence, la grande différrence de pression observée fut avant tout liée à un contraste thermique entre le nord et le sud des Alpes. En effet, à l'inverse de ce que l'on observait sur le Plateau, la plaine du Pô était recouverte d'une grande épaisseur d'air très froid, et par conséquent très "lourd". Cette différence de densité entre les deux masses d'air fut à l'origine d'un gradient de pression transalpin maximum de 15.9 hPa (ill. 2). Cette différence de température impressionnante apparaît clairement si l'on considère deux stations de mesures comparables : au Pilatus (2106 m) près de Lucerne, on mesura -1.7 degré à midi, alors qu'à la même heure la station de Matro (2171 m), au nord de Biasca, enregistrait -10.6 degrés.
La différence entre les deux masses d'air présentes au nord et au sud des Alpes est bien observable lorsque l'on considère les radiosondages (mesures verticales effectuées au moyen d'un ballon) respectifs de Payerne et Milan (ill. 3). Jusqu'à un altitude d'environ 4000 m, l'air au dessus de Milan est nettement plus froid ; par exemple, la température à 1600 m est de +2 degrés au-dessus de Payerne et de -10.2 degrés au-dessus de Milan. Comme indiqué précédemment, c'est donc cet écart de température de 12.2 degrés qui conduisit à la surpression constatée au sud des Alpes.
Au-dessus de 4000 m, les courbes de températures se rapprochent, et les contrastes thermiques deviennent non signficatifs ; les pressions tendent par conséquent à s'équilibrer, ce qui explique l'absence de vents forts à ces altitudes. Ceci est plutôt inhabituel, vu que la vitesse du vent tend généralement à augmenter avec l'altitude. Lorsque le foehn n'est pas soutenu par des vents forts en altitude, comme ce fut le cas ici, on parle de "low-level foehn", ou foehn de basse couche.
ill 3: radiosondage de Payerne (noir) et Milan (vert) le 3 janvier 2008 à 12 UTC
Agrandir.png, 188 KBVents tempétueux et températures élevées
Bien que le foehn souffla aux endroits habituels avec une force considérable, il ne put pourtant pas s'avancer au-delà des vallées sur le Plateau. La mesure maximale fut mesurée à Meiringen avec 133 km/h. On enregistra env. 120 km/h à Altdorf et au Titlis, 115km/h aux Diablerets et aux Attelas, 103 km/h à Evolène et env. 85 km/h à Aigle, Viège et Vaduz (ill. 4).
Aux stations concernées par le foehn, les températures augmentèrent de façon très nette. On enregistra 11.8 degrés à Altdorf, 14.9 degrés à Vaduz , 10.6 degrés à Aigle et à Sion 8.7°, alors que les températures du Plateau avoisinaient plutôt les 0 à 4 degrés (ill. 5).
L'illustration 6 montre l'évolution des températures pour 4 stations. On remarque le début du foehn dans la nuit du 2 au 3 janvier pour les stations d'Aigle et Altdorf. Jeudi soir, le foehn fit de brèves incursions jusqu'à Altenrhein (lac de Constance), alors qu'à Pully par exemple, aucune augmentation des températures due au foehn ne se produisit.
Ill. 6: Evolution des températures à Aigle, Altdorf, Altenrhein et Pully entre le 2 et le 4 janvier 2008
Agrandir.jpg, 100 KBComparaison avec un événement similaire
Une situation comparable se produisit le 25 novembre 2006 (ill. 7). A cette occasion, la situation de foehn dans les hautes couches de l'atmosphère n'était pas non plus très marquée, mais la différence de pression de 14.6 hPa entre Altdorf et Lugano fut comparable. En revanche, les différences de température entre les deux versants des Alpes furent moins exceptionnelles, le lac d'air froid présent dans la plaine du Pô étant moins marqué. C'est la raison pour laquelle les rafales maximales de 80 à 100 km/h restèrent bien en-deça des valeurs enregistrées en ce début janvier.







